UBO 2026 Irak
Les marais
Dans le sud de l’Irak, des marais habités depuis plus de 6 500 ans et classés au Patrimoine mondial de l’Unesco sont menacés de disparition. Dans un rapport inédit, qui s’appuie sur les données obtenues par le chercheur et journaliste d’investigation irakien Safaa Khalaf, le CCFD-Terre Solidaire remonte la source de ce désastre en cours et pointe les responsabilités de plusieurs compagnies pétrolières, dont la multinationale française TotalEnergies.
Rapport complet de Safaa Khalaf : Le pétrole efface le marais de Hawizeh au sud de l'Irak
Synthèse documentaire avec liens
Quand les compagnies détruisent un site classé au patrimoine mondial
Le problème de l'eau
L’Irak est confronté à une crise de l’eau croissante. Sous l’effet de la hausse des températures, de l’intensification des sécheresses et des restrictions accrues imposées par les États riverains sur les débits entrant dans le pays, les ressources en eau de l’Irak diminuent alors même que la demande augmente. En réponse, l’Irak a intensifié la construction de barrages. Cette priorité renouvelée accordée aux barrages s’écarte non seulement des plans détaillés de la Stratégie pour les ressources en eau et en terres en Irak (ministère irakien des ressources en eau, 2014), mais elle se concrétise également sans la transparence ni la consultation publique requises.
Rapport : Evaporation losses from dam reservoirs in Iraq
Évaluation de l'impact de la pénurie d'eau liée au changement climatique sur les moyens de subsistance des communautés des marais centraux et du marais occidental de Hammar.
Exposition Photo Climat du 12 octobre 2023
Emily Garthwaite est une photographe britannique de trente ans, ambassadrice Leica, publiée et primée à
l’international. En 2019, elle s’installe au Kurdistan irakien, sa “nouvelle maison“, où elle mène depuis un
travail au long cours. Des Montagnes du Zagros au Fleuve Tigre, elle traverse l’Irak pour documenter — à
travers un regard sincère, humaniste et jamais misérabiliste — les cultures et les modes de vie en
résistance dans un pays profondément fragilisé par les guerres et le changement climatique.
Les marais de Hawizeh, dans le Sud de l’Irak, disparaissent. Ils sont cernés par trois méga-champs pétroliers : Majnoon au sud, Halfaya au nord et Sohrab du côté iranien. Et en leur cœur, un quatrième champ, Hawizeh 1, est en construction. Leur histoire et leur biodiversité exceptionnelles ne font pas le poids face à une industrie pétrolière qui cherche à s’étendre toujours plus.
Accès au site : En Irak, l’industrie pétrolière pourrait faire disparaître le berceau de l’humanité
L’écosystème unique des marais du sud de l’Irak est aujourd’hui menacé : par le réchauffement climatique, mais aussi par les barrages régionaux construits en amont. Les populations locales subissent de plein fouet les dégradations de leur environnement.
Accès au site : Les marais mésopotamiens vont-ils disparaître ?
" Les photographies nous aident beaucoup pour simplement montrer aux gens, en Irak et ailleurs dans le monde ce qui se passe exactement. Et en même temps, cela vous donne de la positivité et vous rappelle qu’il y a de l’espoir. Parce qu’en définitive, il y a de l’espoir."
Salman Khairalla, directeur et co-fondateur de Humat Dijlah
Humat Dijlah est une association de protection du Fleuve Tigre implantée dans 17 villes d’Irak.
La fondation "Save The Tigris" vise
- à protéger l’ écosystème unique des marais mésopotamiens
- à lutter contre les barrages régionaux qui empêchent un partage équitable de l’eau.
L’enjeu est de faire du fleuve une source de Paix et non de conflit.
Voir le site de la fondation "Save The Tigris"
Accès au site : Irak, le long du Tigre, la jeunesse se mobilise

À cause du changement climatique, des barrages construits en amont, auquel s’ajoute l’aggravation de la
pollution, le Tigre s’évapore et se dégrade à vue d’œil. Ses eaux deviennent une ressource rare et disputée
par les pays qui le bordent : l’Irak et la Turquie. Se nourrir devient un défi du quotidien pour les populations
du fleuve, contraintes de quitter leurs terres ancestrales.
À travers sa série “Dijlah“, Emily dépeint le tableau d’une région assoiffée et dresse un portrait intimiste des
populations et des défenseurs du Tigre qui se mobilisent, bravant les risques de la répression, pour
préserver ce patrimoine et cet écosystème unique.
Murtadha Al-Janoubi est un militant écologiste irakien qui documente depuis des années la dégradation des marais de Maysan. Il participe activement à l'organisation de manifestations réclamant une répartition suffisante et équitable de l'eau pour les marais ; il utilise également les réseaux sociaux pour défendre le droit des communautés locales à une vie digne ainsi que la protection de cet écosystème unique.
Son engagement militant est étroitement lié à la préservation des marais, inscrits en 2016 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en tant que site d'une valeur naturelle et culturelle exceptionnelle.
Arrêté par les autorités irakiennes en mars 2026, il a été relâché sous la pression internationale dont celle du CCFD.
Voir l'article détaillé (en anglais) sur l'action de Al-Janoubi et les circonstances de son arrestation.

Jassim Al-Asadi est défenseur des droits humains ; c’est un éminent écologiste et universitaire. Il est spécialiste des questions environnementales, y compris de l’eau, et de la protection des marais dans le sud de l’Irak. Jassim Al-Asadi est cofondateur et directeur de Nature Iraq, une ONG irakienne qui œuvre pour la protection, la restauration et la préservation de l’environnement naturel de l’Irak et qui s’exprime ouvertement sur l’état des marais du pays. Jassim Al-Asadi est l’un des rares spécialistes et l’une des sources fiables dans ce domaine en Irak.
Il intervient longuement dans la vidéo Irak water crisis sur la situation hydrologique de l'Irak, en particulier dans les marais et sur les conséquences désastreuses pour les populations Ahwaris.
Jassim Al-Asadi a été victime en 2023 d'un enlèvement et de séquestration avec violence. Voir le rapport de Front Line Defenders
C'est une vidéo de la chaine d'information en ligne Vox, malheureusement en anglais.
Why Iraq's great rivers are dying
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Cette vidéo retrace de façon remarquable les événements qui aboutissent à la situation actuelle, catastrophique. Elle décrit en particulier :
- L'implantation des barrages et canaux d'irrigation en amont du Tigre et de l'Euphrate (Turquie, mais aussi Syrie et Iran) qui limitent les débits disponibles sur le sol irakien.
- L'historique de la destruction des infrastructures qui géraient l'eau (pompage, stations d'épuration, circuits d'irrigation) au cours des guerres de 1990 à 2018, où ces installations devenaient les cibles systématiques de tous les belligérants.
- La révolte des populations de Bassorah et l'inaction des gouvernants et des administrations, surtout préoccupés par la gestion de la rente pétrolière.

